Elle a ouvert les yeux. Elle ne tourne pas la tête vers le réveil, elle sait. Il est 3 heures, et la journée commence. À 3 heures du matin ? Oui, c'est le début de sa journée. Une larme roule sur sa joue. Une larme au goût amer. Un goût de sang, peut-être.. Comme tous les jours, elle va attendre. Toute seule ? Oui. Seule.
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La frustration lui tenaille le ventre. Elle pourrait appeler, peut-être. Oui, sûrement. Mais elle ne le fera pas. Elle ne veut pas. Alors elle attend. Tous les jours sont ainsi. Pourquoi celui-ci serait-il différent des autres ? La vie a un goût de déjà-vu. En tout cas la sienne. Peut-être vous demandez-vous pourquoi. Oui, pourquoi elle ne se lève pas ? Elle ne peut pas. Non, ce n'est pas une question de volonté. Elle ne peut pas bouger. Sa tête vacille de gauche à droite, dodeline sur son épaule. Elle voit le soleil qui se lève. Mais ce n'est pas pour elle qu'il est là. Non, chaque matin il l'oublie. Tout le monde l'a oubliée. De toute façon, elle s'en fiche, désormais. Ce jour est comme les autres. Au début, elle pleurait. Elle criait. Elle appelait, aussi. Mais personne n'était venu la voir. Alors, doucement, elle s'était fait une raison. Cette chambre serait toujours la seule. Son lit serait toujours son seul bateau, ces murs blancs son seul horizon. On ne veut pas lui dire, mais elle a compris. Elle a beau avoir eu un accident, elle n'est pas bête !
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Ca fait maintenant plusieurs heures qu'elle attend. Pourquoi ne pas se rendormir ? Elle ne veut pas. Non. Chaque jour est pareil. Son emploi du temps est aussi droit qu'une belle ligne. Tous les jours sont pareils. Elle aime bien ça. Il ne faudrait pas que la ligne se brise.
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Un bruit. Elle ne sursaute pas. Elle sait que l'infirmière est là, qu'il est exactement 7h37 et que la jeune femme en question est vêtue d'une tunique fâde et qu'elle affiche un sourire niais et qui se veut réconfortant. L'habitude, vous comprenez ?
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L'infirmière vient vers elle. Elle porte un ridicule plateau en plastique vert. Pas besoin de regarder, dessus il y a certainement :
-un café froid dans un gobelet de distributeur
-une tartine avec un peu de confiture lyophilisée à souhait
-avec un peu de chance, un verre de jus de fruit
L'infirmière commence à parler. Dans le vide. Elle ne l'écoute pas. Pourquoi faire ? Tout est pareil depuis ce jour là.
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Elle était juste en train de traverser ! Et même pas au feu rouge, en plus. Elle avait voulu suivre son amie de l'autre côté. C'est normal de traverser seule une rue, quand on a 30 ans ! Et il était arrivé.
Avant la ligne était toute folle. Les pics succédaient aux vallées profondes. Les journées étaient longues, et même le soleil riait avec elle. Plus maintenant. Pour personne elle n'existait. La ligne était devenue parfaitement plate et égale. À jamais.
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Je dédie cette histoire à tous ceux qui, de près ou de loin, ont été les victimes (ou les proches de victimes) de chauffards. Que ce soit sous l'emprise de l'alcool et sous celle des drogues (dures comme douces), les dégâts sont les mêmes. Ce personnage que j'ai inventé pourrait être n'importe qui. Réfléchissez-y...
Vieille histoire que j'avais écrite sur un de mes anciens blogs.
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- Nemo Le Gnome -» Qui pisse au vent se lave les dents.